Le parain de la promotion 2007

Sur proposition de l’Association des anciens élèves, le général d’armée aérienne Stéphane ABRIAL, Chef d’état major de l’armée de l’air, a décidé que le nom de baptême de la promotion 2007 (P140) du Cours d’enseignement technique de l’armée de l’air de Saintes sera : « SERGENT JEAN DEMANGE  »

Jean DEMANGE est né le 6 janvier 1932 à TOUL (54). Sa maman est aujourd’hui âgée de 98 ans. Il a 1 frère et 3 sœurs.
Engagé volontaire en qualité d’apprenti mécanicien, le 18 janvier 1949, il intègre directement en 2ème année la promotion 1 (AP 1-2), 4ème compagnie – 3ème section, de l’école des apprentis mécaniciens de l’armée de l’air stationnée à ROCHEFORT. (A cette époque, les apprentis mécaniciens étaient formés la 1ère année à Saintes annexe de l’école des apprentis mécaniciens de Rochefort.)
Bon élève, il obtient le brevet élémentaire de mécanicien avion n° 7849 le 23 décembre 1950.
Le 25 janvier 1951, il est affecté au Groupe aérien d’observation d’artillerie n°4 (GAOA 4) à FEZ (MAROC) en qualité de mécanicien avion.
Il lie alors amitié avec le sergent COPPEE François, ils partagent la même chambre.
Il est nommé sergent le 1er juillet 1951.
Le 11 août 1951, il rejoint le 23ème Groupe aérien d’observation d’artillerie stationné à Hanoï-Gia Lam (Indochine).

Son ami COPPEE est affecté au groupe BEARN à SAIGON.

Historique du 23ème GAOA

Le 1er octobre 1950, ce groupe succède au 3ème GAOA, créé le 16 mai 1947 à Haïphong (INDOCHINE). Il est équipé de Morane Saulnier MS 500 ‘Criquet’. Les équipages sont mixtes : pilotes issus de l’armée de l’Air et observateurs de l’Artillerie. La mission est très claire : le réglage d’artillerie avant tout.
Le groupe opère à partir du terrain d’Hanoï-Gia Lam, puis de Bach Maï.
La mission évolue, et le réglage de tir d’artillerie ne représente plus qu’une très faible proportion des missions au profit de la reconnaissance et de l’accompagnement des troupes au sol ainsi qu’à la liaison. Le groupe s’illustre dans toutes les opérations du Tonkin.
Le 23ème GAOA est dissous le 31 mai 1955. Aujourd’hui, le 3ème Régiment d’Hélicoptères de Combat implanté sur la base d’ETAIN-Rouvres (55) est l’héritier de ses traditions. Ce régiment a pour vocation le combat nocturne.
Il œuvre sur des avions de type Morane Saulnier MS 500 Criquet, version française du fameux Fieseler ‘Storch’ allemand.
C’est à Hanoi qu’il retrouve son camarade Michel PETIT mécanicien à l’EROM 80 (escadron de reconnaissance outre mer) sur avion chasseur US GRUMAN F8F
Le 1er septembre 1952, il fait mouvement avec son unité sur la base aérienne tactique n° 190 de Bach Mai, dans la banlieue de Hanoi.
L’effectif de la base est de 3000 hommes. Elle supporte le détachement de base de Dien Bien Phu et les éléments air qui y sont enterrés.
Le sergent DEMANGE se montre un excellent sous-officier, un très bon mécanicien, un travailleur au dynamique et toujours souriant.

Dans des conditions d’insécurité qu’il n’ignorait cependant pas, le 2 octobre 1952, il se porte volontaire pour être détaché sur le terrain d’aviation de NGHIA-LO dans la haute région tonkinoise (Nord-Vietnam), pour assurer les fonctions de mécaniciens de piste des avions du groupe mis en place,
Chaque jour, il rejoint NGHIA-LO au matin, par le premier avion travaillant dans ce secteur, il est ramené chaque soir à HANOÏ par le dernier avion qui rentre à la base.

Le soir du 17, lorsque les deux appareils rentrent de leur mission l’attaque du poste est entamé et le terrain entre les mains des rebelles, ce qui interdit tout atterrissage.

Jean Demange est porté disparu le 18 octobre, après la fin du combat.

Le 28 octobre 1952, ses parents reçoivent un avis de disparition

Le 2 novembre 1952, son chef de groupe, le capitaine TARDY adresse une lettre à ses parents où il raconte les faits et annonce sa disparition :

« Une quinzaine de jours avant l’attaque de Nghia lo le groupe reçu l’ordre de détacher sur le terrain qui desservait ce poste, 2 avions et 1 mécanicien.
Votre fils fut volontaire et passa les journées du 2 au 14 octobre
A partir de cette date l’insécurité nocturne me fit prendre la décision de ramener chaque soir à Hanoi équipage, mécanicien et avions.
Votre fils qui était ravi de sa vie dans une atmosphère nouvelle aurait voulu rester la nuit la bas : je m’y opposais et le 1er avion qui se rendait à Nghia Lo le matin l’emmenait, le dernier avion qui rentrait le ramenait.
Ainsi fut fait jusqu’au 17. Ce jour là il fut mon passager.
La journée fut particulièrement calme, rien ne laissait présager une attaque. Vers 16 h je décollais pour une mission dans un secteur assez chargé et je devais renter vers 18h, me poser, reprendre votre fils et rentrer.
Lorsque je revins, le terrain et le poste étaient bombardés par l’artillerie et les mortiers des rebelles. Annonçant cependant par radio au poste que j’allais me poser que l’on m’envoie votre fils au terrain qui touche le poste, le capitaine commandant le poste m’annonce qu’il ne fallait pas y songer : les viets occupaient déjà le terrain.
Je ne saurais vous exprimer quels sentiments m’étreignent alors en voyant ces minutes d’impuissance. Me poser c’était à tout coup l’avion pris ou descendu, ne rien faire c’était abandonner mon mécanicien.
Un passage devait me convaincre qu’il était bien inutile de tenter un atterrissage.
Cependant j’étais à mille lieux de penser que ce poste défendu par des gens aguerris et au courage éprouvé succomberait aussi vite.
Le lendemain hélas c’était fini. Submergé par une véritable marrée le poste avait dù se rendre.
Mais la rapidité de la bataille a réduit le prix en vies humaines et nous avons vu le 18 au matin sortir quantité de prisonniers. Il y a toutes les chances que votre fils ait été de ceux-là… »

En effet, Jean est transféré au camp de prisonniers n°113 dans la région de BAC QUANG (NORD VIETNAM).

Le camp 113 : La famine, le lavage de cerveau (Extraits du livre Indochine 1947-1954 de Danielle ROPARS)
- « Les séances d’autocritique et de rééducation politique sont sous l’autorité du chef de camp, qui avait aussi le grade de commissaire politique : Georges Boudarel.(1)
- « Il fallait faire de nous des hommes nouveaux ».
- « Les copains mouraient. Nos forces étaient si faibles que nous ne pouvions pas les enterrer, la terre était trop dure. »
- « Nous commencions à ressembler à des zombis ambulants. »

M. Thomas Capitaine fait partie des rares rescapés du tristement célèbre Camp 113. Il relate ses deux années de captivité de 52 à 54 dans son livre « Captifs du Viet-Minh- les victimes de Boudarel parlent » :

- « Dans ce mouroir, en plus des brimades et des privations communes à tous les centres d’internement, il était soumis aux, fantaisies machiavéliques d’un professeur français qui avait déserté pour devenir Commissaire Politique à la solde de l’ennemi »
- « Rien ne délimitait le camp, ni rideau de bambou ni clôture de barbelés ni mirador, c’était superflu. Tout autour de nous, c’était la jungle hostile, avec ses embûches, ses fauves, ses serpents, ses myriades d’insectes de toutes espèces. Approximativement, nous situions le camp à 70 km de la frontière de Chine, à 350 km du poste français le plus proche, à 450 km de Hanoi. »
- « La hantise au camp était dominée par la hantise de la mort. Tous ceux qui pouvaient tenir debout participaient aux corvées et aux activités du camp. Si pas travailler, c’est pas manger, telle était la devise du surveillant général. »

Le 23 décembre 1952, son supérieur l’ADC BARBERET adresse une lettre à ces parents :

« Votre fils qui, tous les jours, prenait ses repas à mes côtés n’était pas seulement pour nous un militaire un mécanicien noyé dans la masse de ses camarades.
En tant que père d’un garçon de 18 ans, je me permettais de l’appeler « gamin » et le considérais comme tel. Non pas jeune à l’excès, inconscient, insouciant mais calme, réfléchi, travailleur, toujours d’humeur égale et prêt à rendre service à quiconque
Ainsi que vous le savez, un jour il n’est pas revenu d’un détachement qui lui avait été assigné et grande fût notre déception de devoir le compter, le soir, parmi les absents.
Cependant tous les espoirs sont permis, nous savons que sa jeunesse triomphera des difficultés qu’il pourra rencontrer et qu’un jour nous le verrons revenir parmi nous. Permettez-moi de vous dire courage, espérance et veuillez accepter, en son nom, mes vœux les plus sincères pour 1953. »

Le sergent Jean DEMANGE est déclaré « Mort pour la France » le 15 mai 1953. Les causes du décès retenues sont : faiblesse générale et anémie. Il totalisait 27 heures 25 de vol.
Il est cité à l’ordre de l’armée aérienne à titre posthume, cette citation comporte l’attribution de la médaille militaire et de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs avec palme
Il est également cité à l’ordre de la brigade et reçoit la croix de la vaillance avec étoile de bronze à titre posthume.
Le sergent Jean DEMANGE était un jeune sous-officier mécanicien alliant les plus belles qualités morales, militaires et professionnelles, il aimait passionnément son métier.
Sa carrière extrêmement courte est caractérisée par une très forte volonté d’engagement et un dévouement exceptionnel.
Ses qualités, son courage, et les circonstances de son décès en captivité sont autant d’éléments qui le désignent pour être honoré. Il offre le plus bel exemple aux élèves de la promotion 2007 du cours d’enseignement technique de l’armée de l’air

(1) Georges Boudarel : Embarqué pour l’Indochine en 1946. Après 2 années d’enseignement au lycée Marie Curie de Saïgon, il passe dans le camp du Viêt-minh et de l’armée populaire vietnamienne en guerre contre la puissance coloniale française. En 1953, il est envoyé au camp 113. Il est commissaire politique et, à ce titre, chargé de la rééducation idéologique des militaires français prisonniers. Avec cruauté selon les témoins, il appliqua sur ses compatriotes la méthode d’avilissement par la faim, la déchéance physique, l’endoctrinement politique et la délation entre détenus.
Durant l’année de son intervention au camp 113, sur 320 prisonniers français, 278 périrent.
Il fut l’objet en 1991 d’une plainte pour crimes contre l’humanité déposé par d’anciens prisonniers français d’un camp vietminh où il avait été commissaire politique.
Il est décédé en 2003


Citation accordée au sergent DEMANGE Jean


Citation à l’ordre de l’armée aérienne à titre posthume accompagnant la médaille militaire. Décret du 28 juillet 1955

« Sous-officier mécanicien alliant les plus belles qualités militaires et professionnelles. D’un dévouement exceptionnel volontaire pour tous les détachements sur terrain opérationnel, assurait les fonctions de mécaniciens de piste au terrain de Nghia-Lo depuis le 2 octobre 1952. Lors de l’attaque finale de ce poste, le 17 octobre 1952, par suite de l’occupation du terrain par les rebelles n’a pu être ramené à la base. A participé à la défense héroïque du poste de Nghia-Lo ville.
Fait prisonnier après l’occupation de celui-ci par les forces adverses, est décédé en captivité le 15 mai 1953. »

Cette citation comporte l’attribution de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures avec palme


La veillée d’armes des élèves

La veille de la cérémonie, au cours de la nuit, le colonel Boisjot reçu la famille et les invités de l’AETA pour assister à la veillée d’armes. Les élèves techniciens de la P2007, encadrés par leurs camarades de la promotion P2006, se sont succédés par petits groupes dans la salle tradition de l'Ecole, situé au CLE.
Dans cette salle, sont rassemblés des documents et souvenirs de nos anciens, bon nombre de fanions des précédentes promotions ainsi que les photos et citations des parrains qui ont déjà donné leur nom à une promotion. Pendant leur faction, ils ont rendu hommage au sergent Jean Demange qui sera leur "parrain" le temps de leur passage à Saintes et bien au-delà.

Cette traditionnelle cérémonie de veillée d'armes a pour but de sensibiliser ces jeunes élèves sur les responsabilités qui vont être les leurs en étant intégrés officiellement à la grande famille des ARPETES, ainsi que sur les obligations et le dévouement qui leur incomberont désormais, à l'exemple de leurs anciens.


La cérémonie de Baptême

Voir l'album photo de la cérémonie

Le vendredi 21 décembre dernier, à l’Ecole de Saintes, la 140e promotion ou P2007, composée de 182 élèves dont 32 filles a reçu son nom de promotion «Sergent Jean Demange ». Cette cérémonie de baptême était placée sous la présidence du Général de corps aérien Gilles Collart commandant les Ecoles de l’armée de l’air
Pour donner plus de prestige à cette cérémonie, l’AETA s’est attachée à y associer la famille de Jean Demange représentée par son frère Michel et son épouse Yvonne, sa sœur Lucette Vigneron (marraine de la promotion) ainsi que ses neveux Laurent Demande et Vincent Vigneron.

Un grand merci à ces camarades de promotion (AP 1-2) qui ont tenu à faire le déplacement à Saintes pour nous honorer de leur présence : Robert Le Bozec, André Bruno, Michel Garnier, Claude Gaubert et son épouse et également aux autres amis : Jean Angelot (P2) et son épouse, Franck Andrieux (P2-2) ;

L’hommage au sergent Jean Demange commença au lever du jour, devant le bâtiment N8, bâtiment instruction de la promotion P140, par la découverte de la plaque portant son nom et sa photo, cérémonie « intime » présidée par le Colonel Boisjot, commandant l’EETAA 722, à laquelle assistaient la famille Demange, le général Jean-Louis Cougnon, président de l’AETA, quelques administrateurs et enfin toute la promotion 2007 et son encadrement.

Apres la présentation de la vitrine qu’ils ont confectionné en l’honneur de leur parrain, les élèves ont fait visiter aux invités leur bâtiment hébergement, le T7.
Puis ce fut l’heure de la cérémonie de baptême.

On retrouve alors sur la place d’armes, le général de corps aérien Gilles Collart, le Général de brigade aérienne Didier Brébant, commandant les écoles des sous-officiers et militaires du rang, Madame Catherine Quéré, députée, Monsieur Bruno Guigue, sous-préfet de Saintes, les familles des élèves, tous les officiers et les sous-officiers de l’Ecole, les professeurs et personnels civils ainsi que de nombreuses personnalités civiles et militaires.

Au cours de la cérémonie, le Colonel Boisjot, et la marraine, madame Lucette Vigneron, ont remis le fanion de la promotion (offert par l’AETA) à l’élève technicien Brian Barbier, major de sa promotion.

Puis le général Collart a remis des décorations à 2 récipiendaires : le capitaine Jean-Yves le Guelvouit (P70) (chevalier de l’ordre national du mérite) et au sergent-chef Serge Sprocq (médaille de bronze de la jeunesse et des sports).

La lecture de la biographie du parrain a été faite par notre camarade Jean Angelot (P2), ancien combattant d'Indochine - prisonnier à Dien Bien Phu- chevalier de la LH - cité à l'ordre de l'armée aérienne - croix de guerre des TOE avec palme.

A l’issue de cette cérémonie solennelle, le Général Collart a rencontré la famille du parrain et signé le livre d’or de l’A.E.T.A.

Lors de son allocution, le commandant des écoles a félicité le colonel Boisjot pour cette magnifique et émouvante cérémonie qui met en exergue la rigueur et l’esprit de corps qui caractérisent les hommes et les femmes de l’EETAA 722 et de l’armée de l’air en général.
Il souligne que la jeune carrière de Jean Demange débute après la terrible conflagration de la seconde guerre mondiale alors que la France et son armée de l’air vivent leur reconstruction tout en étant engagées dans le conflit indochinois. Ses belles qualités militaires et professionnelles et son dévouement exceptionnel laissaient augurer une très belle carrière.
Puis s’adressant aux élèves techniciens de la P140, il met en exergue les qualités de leur parrain. Sa conduite qui lui valut la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures avec palme et l’attribution de la médaille militaire, est un exemple dont ils doivent s’inspirer tout au long de leur carrière.
Il ajoute que leur parrain leur montre un autre exemple, celui de la ténacité. Sans la pugnacité qui était la sienne jamais Jean Demange ne serait parvenu à accomplir ce qu’il a fait. La force de caractère dont il a fait preuve dans la défense, les armes à la main, du poste de NGHIA-LO, avait pour origine non seulement les solides valeurs enseignées par sa famille mais aussi le sens du devoir qu’il avait acquis, adolescent, dans l’armée de l’air.

Enfin pour conclure, il dit aux jeunes élèves qu’ils connaîtront selon toute vraisemblance des moments de doute et des moments difficiles, mais qu’ils ne sont pas tout seul, qu’ils peuvent compter sur une merveilleuse famille forte de plus de 40 000 membres. Cette famille c’est bien sûr aussi celle des Arpètes dont la solidarité n’est plus à démontrer et que fait valoir cette devise qui est désormais la vôtre « Arpètes toujours ».

Le président et les membres du conseil d’administration se joignent à moi pour remercier particulièrement tous ceux qui ont tenu à effectuer le déplacement pour assister à l’hommage rendu à Jean Demange.
Un grand merci également aux camarades qui nous ont adressé des messages de sympathie : Monsieur Coppée François (qui a partagé la chambre de Jean Demange à Fez) et Messieurs Delattre Jack (AP 1-2), Merceret Gérard (AP 1-2), Brouard Gaston (AP 1-2), Ducrocq Guy (AP 1-2), Leval Paul (AP 1-2) et Michel Petit (AP 1-3).

ADC Alain Claudon (P80)
Secrétaire général de l’AETA


Plaquette de promotion

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